Paysages urbains historiques, entre star-architecture et pérennité identitaire urbaine

Ref.: 196
Key theme: 03 Visual integrity of historic urban landscapes
Date of reception: 01/11/2008

AUTHORS (*Main author)

GRAVARI BARBAS, Maria * (France) - Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne
JACQUOT, Sébastien (France) - Université d'Angers

ABSTRACT

Depuis les recommandations de 1987 a été mise en place une typologie pour appréhender les villes candidates ou inscrites sur la Liste du Patrimoine Mondial, parmi lesquelles les « cités historiques vivantes » correspondant à la majorité des cas et indiquant que la ville par-delà ses spécificités continue de se développer, posant les questions de définition d'une authenticité qui ne condamnerait pas les évolutions urbaines contemporaines.
Ces recommandations générales ne permettent pas d'indiquer les limites légitimes des transformations contemporaines et a conduit à des conflits dans certaines villes. Ainsi à Liverpool bien que la municipalité avait pris soin d'indiquer que l'inscription Unesco ne devait pas remettre en cause la politique de régénération urbaine, des conflits se sont noués autour de deux projets : la construction de tours dans le city centre et la réalisation d'une « fourth grace » contemporaine, proche des trois bâtiments emblématiques (« three graces ») du waterfront de Liverpool. Ces débats, qui ont impliqué acteurs économiques et politiques locaux, acteurs nationaux, l'Unesco et Icomos, se cristallisent autour de l'impact paysager des interventions, sans remettre en cause le principe d'une intervention contemporaine dans les espaces anciens ni les mutations fonctionnelles induites par ces projets. Ce débat s'appuie au Royaume Uni sur une attention portée aux paysages historiques et aux relations visuelles.
Cet exemple montre que l'appréhension des villes en « cité historique vivante » ne peut suffire à appréhender les mutations urbaines, lesquelles requièrent une prise en compte de leur dimension paysagère.
Ces considérations prennent une ampleur particulière dans le contexte urbain contemporain, caractérisé par la concurrence entre les différentes villes pour attirer flux et investissements. Celle-ci n'est pas sans marquer le paysage urbain : les acteurs locaux ont tendance à rechercher les architectures fortes, les projets des architectes emblématiques, les signatures de la « starchitecture » internationale, porteurs de plus-values symboliques. Or, ces architectures éponymes tendent à produire des bâtiments signés se démarquant souvent fortement de leur contexte historique proche (le nouveau musée de l'Acropole d'Athènes et les conflits qui s'en sont suivis sont un exemple représentatif de l'antithèse entre l'iconicité recherchée des nouveaux bâtiments-phare et le contexte historique environnant).
Les espaces urbains centraux sont ainsi portés par ce double mouvement de reconnaissance d'une valeur patrimoniale source de différenciation qualitative inter et intra urbaine et de développement d'une star-architecture destinée à produire des icônes urbaines. Autrement dit la maîtrise ou l'évolution des paysages urbains, dans leur dimension sensible, est un enjeu visant au maintien ou à la redéfinition d'une identité urbaine. Il s'agit alors à la faveur de quelques exemples urbains de proposer une réflexion sur la notion de paysage historique urbain dans ses rapports à l'identité et l'authenticité d'une part et le développement iconique d'autre part.

REFERENCES